« Out » : la dérive cocasse d’un chômeur en Europe de l’Est

Gros plan

« Out » : la dérive cocasse d’un chômeur en Europe de l’Est

10. 08. 2017 14:40

Le premier long-métrage de György Kristof joue sur le registre du décalage pour traiter de la crise de l'emploi. Avec un avis du journal Le Monde « Pourquoi Pas ».
Et quand un quotidien français, de surcroît, le journal Le Monde s´intéresse à un film réalisé par un Slovaque, il serait outrageant de ne pas le citer, compte rendu de lecture pour un article signé par Mathieu Macheret :
Ce premier long-métrage du Slovaque György Kristof s'empare avec une certaine originalité du sujet austère et difficile de la crise de l'emploi. Agoston, ouvrier fraîchement licencié à cinquante ans, quitte la Slovaquie pour trouver un nouveau travail sur les rivages de la mer Baltique. Victime d'une arnaque à l'embauche, son périple s'ouvre sur une déconvenue, avant de l'entraîner dans une série de rencontres inopinées et fantasques - une basketteuse taxidermiste, un Russe au caractère versatile et sa femme outrageusement botoxée. Ágoston expérimente alors une sortie de piste complète, qui le mène peu à peu à se rapprocher de son rêve, celui de se livrer au loisir de la pêche.
Être « out », pour le protagoniste, c'est donc se retrouver à la fois soudainement hors jeu, mis au ban du monde du travail, et au dehors, puisqu'il quitte son univers familier (son appartement, sa femme, sa routine) pour dériver vers un ailleurs insoupçonné. Pour traduire cette situation, György Kristof joue sur le registre du décalage, installant une réalité soulevée par des pointes de cocasserie ou d'incongruité. Décalage qui concerne aussi les nombreuses langues utilisées (slovaque, hongrois, polonais, letton, estonien et russe), par des personnages toujours tenus à ajuster leurs propos pour pouvoir se comprendre.
Cela a pour effet de déjouer la grisaille du constat social, que semblait appeler d'office le traitement d'un tel sujet, et occasionne quelques scènes surprenantes (cette immense cheminée d'usine sous laquelle on annonce un plan de licenciement ou encore ce bar où les hommes se dénudent pour obtenir des bières gratuites).
On peut toutefois regretter que le film s'en tienne à ce registre en demi-tons et n'explore pas vraiment les retombées de sa situation de départ. Ni franchement comique, ni ouvertement dramatique, ni complètement rêveuse, mais un peu de tout cela à la fois, la dérive d'Agoston se maintient dans les ornières d'un petit réalisme, qui ne lui permet pas de s'adonner aux puissances de l'absurdité, ni de plonger la tête la première dans l'inconnu. A l'arrivée, ce film, qui n'en demeure pas moins intéressant, donne surtout l'impression de cultiver une singularité sans prise de risque. Et l'auteur de citer en conclusion de son article: On attend le prochain.

Journal Le Monde, RSI

J.D.Angibaud Foto: TASR

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