Emmanuel Macron et Robert Fico à l'assaut sur le front des travailleurs détachés, Épisode II

Gros plan

Emmanuel Macron et Robert Fico à l'assaut sur le front des travailleurs détachés, Épisode II

07. 09. 2017 12:34

La première tournée en Europe centrale d'Emmanuel Macron en tant que président de la République ne passera pas par Budapest et Varsovie. Un compte rendu d´RSI à Salzbourg lors de ce sommet d'Austerlitz et également les avis de nos confrères du journal « Le Monde », présents lors de ce sommet, avec un compte-rendu de lecture.
Même si on assure à l'Elysée qu'« il ne s'agit pas de fracturer » les pays d'ex-Europe de l'Est, le « new boy », comme l'avait appelé avec dédain le premier ministre ultraconservateur hongrois, Viktor Orban, évite pour l'instant de se confronter avec les deux enfants terribles de la construction européenne, la Pologne et la Hongrie. Le mercredi 23 août, le président francais a rencontrer à Salzbourg le chancelier autrichien, ainsi que les premiers ministres tchèque et slovaque.
Autant de pays qui « ont envie de jouer le jeu de l'Union européenne et de l'approfondissement », par comparaison à leurs deux remuants voisins qui se sont illustrés pour leur refus catégorique de toute répartition des réfugiés au sein de l'UE et leurs dérives en matière de respect de l'Etat de droit.
La République tchèque et la Slovaquie, aux côtés de la Pologne et de la Hongrie, font certes officiellement partie du « groupe de Visegrad », devenu célèbre pour ses positions nationalistes. Mais Prague et Bratislava ont pris ces derniers mois leurs distances vis-à-vis de ce groupe informel.
« Signe d'inclusion bienvenu »
Récemment, la Slovaquie a accepté d'accueillir cent migrants venus de Grèce et d'Italie, alors que la Hongrie et la Pologne se vantent de n'en avoir pris aucun. Dans une déclaration remarquée, le premier ministre slovaque, Robert Fico, un populiste de gauche, a affirmé, mardi 15 août, que l'avenir de son pays était « au cœur de l'UE, avec la France et l'Allemagne ». « Je suis très intéressé par la coopération régionale au sein du groupe de Visegrad, mais l'intérêt vital de la Slovaquie est l'UE », a précisé le chef de gouvernement d'un pays par ailleurs membre de la zone euro, à la différence de ses voisins.
Ces divergences entre ex-pays de l'Est sont regardées avec attention dans l'entourage de M. Macron, qui a fait de son engagement proeuropéen et de sa volonté d'approfondir la construction de l'UE des objectifs clés de son mandat. Lors de son premier Conseil européen, en juin, il avait notamment promis de « porter le projet d'une Europe qui protège » face à ceux qui prennent l'Europe « pour un supermarché » en « ne respectant pas les règles ».
Des déclarations qui avaient été très mal perçues à l'Est, même si le ton s'était ensuite apaisé lors des différentes discussions bilatérales en marge du sommet. « S'il vient en Europe centrale, c'est justement pour montrer que les choses vont un peu changer, c'est un signe d'inclusion bienvenu », salue désormais un diplomate d'un des pays visités.
« Sommet social »
Mais les pays ayant adhéré à l'UE depuis 2004, grands pourvoyeurs de travailleurs détachés, soupçonnent, pour leur part, la France de protectionnisme déguisé. Onze pays s'étaient opposés en 2016 à toute révision de ce texte, et un compromis doit être trouvé avec eux d'ici à octobre.
La France veut notamment limiter à un an la durée maximale du détachement et renforcer la lutte contre la fraude. « L'idée n'est pas d'arriver avec un texte, prévient toutefois l'Elysée, mais d'expliquer pourquoi on pense que c'est un sujet important, qui peut fragiliser la liberté de circulation dans son ensemble si on ne trouve pas un bon équilibre. »
Rattrapage salarial
Après des années de laisser-aller, la fuite de la main-d'œuvre est, de plus, devenue un sujet de préoccupation dans la plupart des pays d'Europe centrale qui sont désormais quasiment en situation de plein-emploi et aimeraient retenir davantage leurs travailleurs les plus qualifiés. Dans ces pays, les divergences salariales Est-Ouest sont devenues un sujet politique majeur, ce qui devrait encore accélérer le rattrapage salarial déjà en cours.
Plus récemment cette semaine mardi 5 spetembre, le ministre des Affaires étrangères et des Affaires européennes Miroslav Lajčák a déclaré lors d'une réunion de l'ambassadeur de Pologne à Varsovie et avec son collègue polonais W. Waszczykowski. que la République slovaque reste membre à part entière de groupe de Visegrad. C'est notre premier choix et un intérêt primordial. Nous ne choisissons pas entre V4 et l'Union européenne; nous voulons être membre d'un V4 reconnu qui fait partie intégrante de l'UE. Le V4 est une marque avec un nom et la meilleure plate-forme de coopération régionale en Europe centrale. Ceci, bien sûr, ne signifie pas que nous devons avoir le même avis sur toutes les questions, mais il est précieux que nous nous connaissions ouvertement.
Prochain épisode, la rencontre de travail suite au sommet de Salzbourg entre tous les pays concernés, et ce, pour avancer sur ce sommet social, cher à Emmanuel Macron.

Jean-Daniel Angibaud, Isabelle Lasserre, „Le Figaro",

Ecouter en direct / Živé vysielanie
??:??