A la découverte de la région de Zemplín

En parcourant la Slovaquie

A la découverte de la région de Zemplín

03. 04. 2020 10:53

Le paysage pittoresque, les forêts magiques créaient l'ambiance particulièrement attirante des vallées autour de la ville de Snina. La proximité des frontières avec la Pologne et l'Ukraine est si manifeste que l'on peut la sentir à chaque pas. Un mélange de dialectes, des coutumes et des traditions sont le résultat de la cohabitation entre les habitants de la région du Haut Zemplin. La région qui toujours a été à l'écart des grands mouvements socio-économiques en a fait un lieu de tolérance que l'on peut observer jusqu'à nos jours. Bien que la région n'ait pas connu un grand développement économique, les habitants sont restés fiers des traditions qu'ils n'ont jamais abandonnées. Ils vivaient difficilement, c'est un fait indiscutable mais ils n'ont pas perdu la foi qui les habitaient. Même ceux qui n'ont pas eu le courage ou l'envie d'y rester, sont toujours en contact avec leur patrie. L'émigration était l'un des phénomènes bien visibles à la fin du 19ème siècle et au débout du 20ème siècle.

Depuis plusieurs siècles, la culture de la région du Haut Zemplin constitue un mélange de traditions du peuple vivant à présent dans le triangle des frontières entre les trois Etats. La religion orthodoxe grecque des habitants qui y sont concentrés, différente du catholicisme - principale région slovaque - relie le Haut Zemplin avec plusieurs régions voisines d'Ukraine. La proximité de culte et de langue est bien apparente. Les Slovaques résidant dans les villages près des villes principales de Snina et Medzilaborce utilisent nombre des mots ukrainiens et polonais. Durant des siècles, une langue assez spécifique s'est formée dans ce coin de la Slovaquie. Il ne faut pas être surpris si l'on ne parvient pas à comprendre quelques mots bizarres, utilisés uniquement dans cette région. C'est vrai, les Slovaques provenant de différentes régions éprouvent des difficultés de communication.

Cette spécificité culturelle a pour base une spécificité éthnique. On ne trouve nulle part ailleurs en Slovaquie, à l'exception du territoire du Haut Zemplin, une éthnie si peu connue, dont l'existence n'a pas été toujours facile mais qui, en fait, n'a jamais disparu. Une éthnie relativement peu importante possédant sa propre langue qui a été officiellement codifiée il y a 9 années. Pour ceux qui aiment les chiffres, en 1995. Ce sont les Ruthènes, dont la langue est proche du russe et de l'ukrainien. Aussi utilisent-ils l'alphabet cyrillique. Cela les relie avec les peuples slaves de l'Europe orientale.

Alors, qui sont les Ruthènes ? D'où proviennent-ils ?

Précisons tout d'abord qu'il s'agit d'une éthnie vraiment autochtone. Ils occupent le Nord-Est de la Slovaquie et la partie extrême occidentale de l'Ukraine depuis le 14ème siècle. Bien qu'ils aient été exposés à un courant d'assimilation assez intense, les Ruthènes forment un groupe ethnique particulier. Dans le passé, ils constituaient les habitants du premier Empire médiéval de l'Europe de l'Est, dont le centre administratif était la ville de Kiev - de nos jours, capitale de l'Ukraine. Après la chute de l'Empire, ils se sont dispersés dans plusieurs Etats en train de se constituer. Leur activité culturelle s'est accrue peu à peu. Ils vivaient dans les villages entourés d'une chaîne de montagnes et travailler la terre. Aujourd'hui encore, la vie rurale domine parmi les Ruthènes.

De nos jours, il existe des divergences entre les intellectuels ruthéniens à propos des origines de la langue et de la culture ruthénienne. Les opinions varient. Selon certains, les Ruthènes sont un groupe éthnique du peuple ukrainien, tandis que les autres préfèrent dire qu'il s'agit d'un peuple particulier, proche des Russes linguistiquement parlant. La codification de la langue ruthénienne officielle est la victoire de ceux qui prônent la différence entre les Ruthènes et les Ukrainiens. « Vive la variété ! », pensent les défenseurs de la nationalité ruthénienne sans aucune haine vis à vis leurs voisins ukrainiens.

L'agriculture seule n'était pas capable de garantir un niveau de vie stable et l'industrie assez mal développée était trop faible pour créer des possibilités de travail pour tous. Vers la fin du 19ème siècle, la pauvreté des Ruthènes a provoqué une émigration massive. Des milliers d'entre eux ont émigré aux Etats-Unis, au Canada et en Argentine. Le plus connu parmi eux est Andy Warhol - le célèbre peintre né à Medzilaborce. Grâce à ses peintures modernes et tout à fait atypiques, il a connu un succès énorme non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde entier. A Medzilaborce se trouve le Musée de l'Art moderne « Andy Warhol », dont l'exposition attire chaque année des touristes de différents pays du monde. Ils veulent découvrir la région et la ville d'où provient leur idole.

Medzilaborce, petite ville à quelques kilomètres de la frontière polonaise est aujourd'hui chef-lieu de district qui compte environ 12 000 habitants, dont 25 % de Ruthènes. En ce qui concerne la population, c'est le plus petit district en Slovaquie. Autour de la ville s'élève une chaîne de montagnes. Elles s'appellent Laborecka vrchovina et font partie des Carpates orientales. La ville est la station ferroviaire terminale de certains trains qui relient l'Est de la Slovaquie avec la Bohême centrale. C'est surtout cette liaison ferroviaire qui rend accessible la région du Haut Zemplin aux visiteurs provenant de l'Europe occidentale. La station de départ est la capitale de la République tchèque - Prague. Le voyage dure 11 heures et le train comporte toujours des wagons-lits. On n'oublie pas ceux qui aiment dormir.

Parvenu dans la région du Haut Zemplin, il ne faut pas manquer de visiter le point extrème de la Slovaquie orientale. C'est le sommet de la colline Kremenec, à 1221 mètres d'altitude. Les frontières des trois Etats (Slovaquie, Ukraine et Pologne) s'y rencontrent. Si l'on regarde vers l'est, les montagnes ukrainiennes se profilent jusqu'à l'horizon, au nord la Pologne nous fait découvrir les collines du parc national Bieszczady. Vers l'Ouest, les montagnes slovaques et le barrage Starina défilent sous les yeux des visiteurs.

Nous nous trouvons à présent dans le parc national Poloniny, qui fait partie des Carpates orientales slovaques. Ce nouveau parc naturel national, le septième sur le territoire slovaque, a été créée en 1997. Sa richesse naturelle est représentée surtout par les hêtres, dont l'âge varie de 300 jusqu'à 400 ans et qui atteignent une hauteur proche de 50 mètres. Ces arbres robustes et sains sont appelés « poumons verts d'Europe ». Les animaux qui ont élu domicile dans ce parc sont, eux aussi, protégés. Les protecteurs de la nature et les scientifiques observent les conditions de vie dans la nature, qui heureusement n'est pas encore détruite par l'activité de l'homme. L'intérêt principal est de bien préserver la nature dans son état typique, non altéré.

Le nom Poloniny vient du mot d'origine ruthénien - polonina - qui signifie la prairie montagnarde. On trouve ce type de prairie de 1000 jusqu'à 1200 mètres d'altitude. Il y en a beaucoup dans les Carpates orientales et elles ont donné le nom au parc national qui s'y trouve.

Si l'on descend des collines et des prairies montagnardes, les maisons du petit village Nova Sedlica apparaissent devant nous. Ce village, quoiqu'il nous semble être sans importance, est intéressant du point de vue géographique. C'est l'ultime site habité en Slovaquie parce qu'il est situé à l'extrême est du pays. Il n'existe pas d'autre ville ou village slovaque qui soient situés encore plus loin vers l'est que Nova Sedlica. Cette particularité est indiscutable et les habitants du village le savent.


Tatiana Minrovičová Foto: TASR

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